Compétitivité de l’agriculture française

Aujourd’hui, avait lieu dans l’hémicycle un débat autour de l’agriculture. Voici ma prise de parole.

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Monsieur le Président (Sacha Houlié),
Monsieur le Ministre (Stéphane Travert),
Monsieur le rapporteur (Arnaud Viala),
Mes chers collègues,

Nous débattons d’une excellente proposition de loi visant à restaurer la compétitivité de l’agriculture française.

Compétitivité ne signifie pas libéralisme surtout face à des centrales d’achats.
Des centaines de rapports et d’articles expliquèrent, expliquent, expliqueront, que l’agriculture et les agriculteurs.... etc. et qu’il aurait fallu, qu’il faudrait, qu’il faudra... etc.

Tous ces rapports auront traité invariablement de l’enjeu de savoir si des conditions sont réunies pour produire, et sont ensuite suivies de propositions trop souvent conventionnelles et pas assez osées à défaut d’être novatrices !

Et pendant ce temps du débat politicien, nos agriculteurs continuent à manquer d’air, ou à végéter, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, et ce qui n’est surtout pas drôle quand on vit tous les deux jours cette tragédie de voir un agriculteur mettre fin à sa vie. C’est insupportable ! Il y a donc bien urgence à agir.

Dans cette proposition de loi que notre groupe porte aujourd’hui, il est question d’allègement de normes, de charges administratives…. d’allègement de charges fiscales indues…. et d’équité des conditions de la concurrence…. Des sujets et des propositions incorrects, semble-t-il, au regard des débats que nous avons eus en commission mais pas incorrects du tout si l’on écoute les récents propos du Président de la République, n’est-ce pas Monsieur le Ministre ?

L’agriculture est un secteur économique à part entière de notre pays, qui s’inscrit pleinement dans notre histoire et notre culture.

L’agriculture française ne peut pas faire abstraction de l’accroissement de la compétitivité, de la recherche de marchés à l’export et de la création d’emplois.
Les agriculteurs ont besoin d’être épaulés, comme tous les entrepreneurs de France, qui n’en peuvent plus de devoir assumer les sujétions administratives liées à leurs métiers, devenus parfois tout simplement impossibles à exercer.

L’absence de perspectives d’avenir pour les producteurs freine de jeunes agriculteurs à s’engager. Ils ont peur de s’installer à leur compte et peur de ne pas pouvoir vivre et faire vivre leur famille de leur travail.

Ceux d’ores et déjà installés ont aussi peur. Peur de perdre leur exploitation, peur de perdre de l’argent tout en travaillant. Œuvrer pour permettre à nos agriculteurs de vivre de leur travail est indispensable pour qu’ils puissent sereinement envisager l’avenir !

Mes chers collègues, vous prétendez incarner le « nouveau monde », soit !
Vous voulez faire « de la politique autrement », tant mieux !, mais alors abandonnez les postures idéologiques dans ce domaine où l’on sait qu’un consensus ferait assurément bouger les lignes pour faciliter le quotidien de nos agriculteurs !
J’ai rappelé en commission ce que dit Laurence Cormier, agricultrice en Mayenne, présidente de l’association "les Elles de la terre" : « Etre agriculteur, aujourd’hui, c’est à terme accepter de mourir trois fois : moralement, économiquement et physiquement. Et, nous agricultrices, (...) nous ne pouvons qu’assister à ce qui s’apparente (...) à un véritable génocide. »

Alors se réfugier derrière l’argument que sont en train de se tenir les « Etats généraux de l’alimentation », c’est trop facile ! Peut-être que le calendrier se bouscule mais ne croyez-vous pas que la position la plus « constructive » eut été, en même temps, d’enrichir le texte plutôt que de le démonter point par point pour éviter tout débat ?

Hier, à l’occasion d’un bilan d’étape des « États généraux de l’alimentation », le Président de la République a appelé à un (je cite) « esprit de responsabilité collectif (…) pour une mobilisation de tous et toutes ». Il semble donc que la proposition de loi dont nous débattons aujourd’hui rentre dans cet état d’esprit et dans les défis que veut relever le chef de l’État !

Dans cette logique, je souhaite partager avec vous mon expérience des débats parlementaires et des discussions dans cet hémicycle.

L’an dernier, à la suite de mon travail au sein de la mission d’information parlementaire sur les circuits courts et la relocalisation des filières agricoles et alimentaires, j’étais orateur du groupe Les Républicains lors de l’examen du texte d’une collègue écologiste visant à favoriser l’ancrage territorial de l’alimentation et qui a été discuté à l’occasion d’une de leur niche, comme aujourd’hui.

Vous savez qu’il y a des divergences d’objectifs et de méthodes entre EELV et Les Républicains. Je ne partageais pas tous les points de vue de ma collègue, mais j’ai fait voter à l’unanimité ce texte par le groupe Les Républicains ! Car nous avons toujours voté les textes d’intérêt général et qui, mêmes imparfaits vont dans le bon sens ! Voilà ce qu’est la co-construction dans les faits ! (Et tout à fait entre nous, Monsieur le Ministre, cette proposition de loi de Brigitte Allain fait que les promesses du Président sur le bio sont déjà votées !)

Cette décision, au-delà des appartenances politiques de chacun, nous l’avions prise pour nos agriculteurs, pour la population, pour la ruralité, et pour favoriser les circuits de proximité.

Aujourd’hui la fin des « frontières partisanes » fait florès parmi la majorité. Mais vous n’avez pas été capables d’avoir un esprit de co-construction pour ce texte en commission.

Aujourd’hui, vous avez l’occasion historique de démontrer aux Français que la majorité parlementaire sait aller au-delà des consignes de vote et sait prendre en compte les attentes du terrain.

Mes chers collègues, Continuons le débat ! Ne votez pas la motion de rejet ! Découvrons au moins les articles que vous partagez.

Soyez audacieux pour nos agriculteurs.

Sortons des sentiers battus.

Allons au-delà des clivages et démontrez votre esprit constructif en adoptant cette proposition de loi que nous pourrons enrichir des promesses du président de la République au printemps prochain.

Les saisons défilent, le temps presse ! Cette première étape permettra à nos agriculteurs de restaurer la compétitivité de leurs exploitations paralysées par les normes et dépendantes d’une économie mal administrée.

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Le député
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