[Dette de 4.2 millions d’euros de Médiapart] - Lettre ouverte à M. Plenel

Lettre ouverte à M. Plenel en réponse à son article La liberté de l’information suppose le pluralisme de la presse

Monsieur Plenel,

Je suis très heureux de constater que vous suivez avec attention les débats parlementaires.

Je suis député, un des 577 porte-voix des Français, élu de la Nation et, à ce titre, j’ai pour mission non seulement de voter les lois au nom du Peuple français mais aussi de contrôler l’action du gouvernement au titre de la constitution qui fonde la Vème République.
Le texte constitutionnel du 4 octobre 1958 pose le principe fondamental que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens […] » (article 1) complété effectivement par l’article 34 qui garantit « la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ».
C’est donc dans un cadre tout à fait constitutionnel qu’un député est fondé à s’interroger et à éclairer les citoyens sur la gestion de l’État.

C’est dans ce contexte, et vous le savez bien, que la liberté de presse est garantie par la loi du 29 juillet 1881. Évidemment, nulle intention pour le législateur de passer outre cette loi fondamentale qui permet à chaque Français d’être informé quotidiennement et, bien sûr, avec rectitude sur l’actualité.

J’en profite ici pour rectifier d’ailleurs quelques-uns de vos propos non approfondis sur deux de mes initiatives :

> Concernant le dépôt de mes 120 000 amendements lors de la loi de 2013 relative à la transparence, vous auriez pu préciser qu’au contraire, je n’étais pas contre cette loi, mais justement, pour qu’elle s’applique à tous les élus en charge d’un exécutif, sans seuil ! Voyez vous-même ! J’ai déposé ces amendements contre l’établissement de seuils mais nous ne sommes pas à une approximation près me direz-vous !
> Concernant ma proposition de loi visant à encadrer le droit de grève (soutenue à 60% des lecteurs du Courrier de l’Ouest au demeurant), je vous paraphraserais en vous disant : « façon de rappeler que notre fonction s’exerce dans un cadre réglementaire et légal (pas supposé) pour garantir une liberté fondamentale qui n’est pas un privilège des députés mais un droit des citoyens : le droit d’être libre d’aller et venir à son travail. »

Vous rappelez très justement dans vos communications que vous êtes journaliste et que Mediapart est un « journal d’investigation, indépendant et participatif ».

Vous menez dans cette perspective des enquêtes très approfondies et aussi parfois pas assez approfondies. Pourquoi, vous, journaliste d’investigation, semblez-vous être réticent à ce que le Peuple soit informé, en toute transparence, sur l’état de votre dette fiscale de 4.2 millions d’euros ?

Je vous repose la même question que celle posée au Premier Ministre : Avez-vous payé la totalité de cette dette de TVA ? Ou si non ? pourquoi ? Grâce à quoi ? Grâce à qui ?

M. Plenel, dans vos enquêtes vous ne croyez personne sur parole. C’est un gage de sérieux. Vous fournissez des documents. Alors, admettez que l’on puisse ne pas vous croire sur parole ! Merci de montrer les documents probatoires (ex : pas la copie d’un chèque mais le reçu de son encaissement).

Vous savez M. Plenel, j’ai été chef d’entreprise bien avant d’être élu de la Nation (et pendant 10 ans chef d’entreprise et député). Et à ce jour, je préside bénévolement le groupement d’employeurs FORVAL. Je connais donc bien les difficultés rencontrées par ceux qui choisissent de consacrer leur énergie et leur investissement personnel à la création d’une entreprise en risquant tous leurs biens propres.

Ce qui me permet de vous affirmer que la façon dont vous avez procédé dans votre combat pour obtenir un taux réduit, jamais, aucun chef de TPE ou de PME, aucun artisan, aucun commerçant, aucun agriculteur, aucune profession libérale n’aurait pu se permettre de procéder de la sorte face à l’administration fiscale ! Ce qui me fait dire que non seulement vous avez usé de votre pouvoir en tant que média mais, excusez-moi, vous en avez clairement abusé !...

D’autant plus que quand vous vous dites indépendant ! Je me permets de vous rappeler, et de rappeler aux Français, que vous touchez, chaque année, une subvention publique de fonctionnement ! Et je suis bien placé pour savoir et pour dire que dès qu’un média est en difficulté, on ne peut même pas en parler au Parlement sans être accusé d’être contre la liberté de la presse, rien qu’à l’idée d’un débat !
Chaque année des milliers d’artisans, de commerçants, d’agriculteurs, de professionnels libéraux, des TPE-PME sont contraints de déposer le bilan de leur entreprise pour des difficultés de trésorerie… de dettes… de fiscalité… parfois pour quelques milliers d’euros ! (et bien plus que leurs biens, il peut s’agir trop souvent de leur vie)

Croyez-vous qu’ils soient en mesure de frapper à la porte d’un parlementaire complaisant pour qu’il dépose un amendement visant à leur faire remettre leur dette ?

Et si cela était éventuellement le cas, j’imagine que certains y verraient du favoritisme, voire du soupçon automatique de conflit d’intérêt … n’est-ce pas ?
Très sincèrement Monsieur Plenel, les Français attendent beaucoup de leurs représentants et vous le savez. Mais ils attendent aussi beaucoup de ceux qui relatent le débat démocratique. Vous avez un rôle très important… et notamment celui d’être impartial.

Bien sûr nous ne partageons pas les mêmes idées politiques et ce n’est pas un grand secret. En 1972, vous aviez 20 ans… j’en avais 19… et contrairement à vous je n’ai jamais écrit, ni même pensé une once de ce que vous avez pu écrire au sujet de l’assassinat des athlètes israéliens. Non, moi j’en ai pleuré. Et 46 ans après, je suis toujours très fier d’en avoir pleuré. Il est vrai que j’étais déjà gaulliste et à 17 ans, présent sur le parvis de Notre-Dame le jour du Te Deum à la mémoire du Général de Gaulle. Je prends note que vous récusez vos écrits, dont acte.

C’est une réelle différence entre nous, évidemment. Mais au-delà de tout cela finalement… nous sommes tous les deux Français et donc logiquement soumis aux mêmes règles pour bien vivre ensemble.

Mais y’aurait-il plus de règles pour les autres que pour vous ?

A cela, votre réponse ne dit rien !

Recevez, Monsieur Plenel, l’expression de mes salutations républicaines.

Jean-Charles TAUGOURDEAU
11 avril 2018

Le député
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